Strategy of Tension: a bomb in Ottawa – mystery, investigation

J’ai cru comprendre qu’il (Starnes) avait reçu l’ordre de leur part (le Premier ministre et le Solliciteur général Goyer) de veiller à ce que le FLQ soit endormi ou, vous savez, qu’il ne fasse plus son truc de 1970.

Interview de Don Cobb par Quintal et Nowlan, 20 juillet 1977, BAC AtIP 93A00238, p. 199


Mystère

Comme Jeanne d’Arc Sainte Germaine mourante

Alors que Jeanne d’Arc Saint Germain était mourante, tôt le matin du mercredi 24 juin 1970, je me suis couché dans mon lit dans la banlieue normalement tranquille d’Ottawa, Alta Vista, me demandant pourquoi j’avais été réveillé par le bruit d’une explosion. Une synchronicité qui était un présage pour mon avenir. J’ai jeté un coup d’œil à l’horloge de ma table de chevet. Il était 06h25.

Le son – une onde de choc qui était une poussée, plutôt qu’une fissure aiguë – était la signature de la dynamite. Une bombe. Dans la banlieue tranquille d’Ottawa, à Alta Vista, à plusieurs kilomètres de là, c’était un intrus extraterrestre.

Le commissaire de la GRC se réveille

Pendant ce temps, au même moment, à une autre adresse d’Alta Vista, le commissaire Higgitt de la GRC s’est réveillé dans son lit. Plus tard dans la journée, il notait dans son journal quotidien

06h25 : J’ai entendu un bruit d’explosion à la maison alors que j’étais encore au lit. 07h25, appel téléphonique du DCI (Directeur des renseignements criminels) indiquant qu’une bombe avait explosé sur la place Cartier du QGDN, entraînant la mort d’une femme.

Le bruit de l’explosion venait du centre-ville d’Ottawa.

Un bulletin radio fait état d’un attentat à la bombe au quartier général de la Défense nationale, à trois pâtés de maison de la Colline du Parlement, le cœur de la ville. Plus précisément, au centre de communication principal du QGDN, au sous-sol du bâtiment B, le long de l’avenue Lisgar. La bombe avait été placée dans un puits de fenêtre, ce qui garantissait que le souffle focalisé déchirerait à travers la fenêtre, dans la pièce, un cône mortel de verre et de débris.

Le centre de communication était opérationnel 24 heures sur 24, 365 jours par an, et les lumières étaient allumées lorsque le bombardier a quitté l’engin meurtrier. Qu’il ait regardé par la fenêtre ou non, la lumière lui aurait dit que la pièce était occupée. Ce qui signifiait, à moins qu’il n’ait été inintelligent, qu’il savait que la bombe allait tuer. Un cas, donc, de meurtre au premier degré.

Jeanne d’Arc Saint Germain, une veuve de 50 ans, mère de deux enfants, opératrice de télécommunications, postée près de la fenêtre, a reçu toute la force de l’explosion. Elle gisait dans une mare de sang. Le capitaine H. B. Valance, l’officier responsable, avait également été jeté, blessé, au sol. Il a rampé jusqu’à Saint Germain. Le sang coulait d’une artère carotide de son cou, sectionnée par un fragment de verre. Elle le regarda avec des yeux suppliants. Il a essayé d’endiguer le flux. Quelques instants plus tard, ses yeux se sont assombris, et elle a disparu.

La zone a été inondée par la police d’Ottawa, les pompiers, la police militaire, les ambulanciers et les enquêteurs du renseignement militaire. Des résidents traumatisés se sont rassemblés le long de la rue Lisgar.

La section “G” de la GRC sur les lieux

Plus tard dans la journée, deux agents de la GRC de la section “G”, également connue sous le nom d’Opérations “G” (G Ops), Montréal, sont apparus sur les lieux. L’opération “G” était le “point culminant” de la section “G” récemment créée, dirigée par l’inspecteur (Joe) Joseph Ferraris. Son mandat était de contrer le séparatisme québécois et le terrorisme du FLQ.

Inspecteur Don Cobb

Les opérations G, dirigées par l’inspecteur Don Cobb depuis son quartier général situé au 4095, rue Sainte-Catherine Ouest, près du Forum de Montréal, ont dirigé les opérations antiterroristes de la GRC dans la province de Québec : surveillance, infiltration, collecte de renseignements, “perturbation” et certaines opérations très spéciales qui, aujourd’hui encore, sont cachées derrière un mur de secret.

La guerre d’indépendance de l’Algérie

Cobb était un officier cérébral qui avait commencé sa carrière à la Division de la sécurité et du renseignement (S&I) de la GRC à la Direction générale d’Ottawa. De 1954 à 1958, il était à Paris en tant qu’officier de liaison de la GRC avec la France. Pendant les quatre années de la sauvage guerre d’indépendance algérienne, la torture, l’assassinat et le massacre par les deux parties sont devenus l’ordre du jour. En France, le FLN (Front de Libération National), a mené une guerre de représailles terroriste.

Un de mes voisins est tué sur le trottoire devant la maison par un assassin du Front de Libération National. Alors, cétait une éducation en soi.

Témoignage, Don Cobb, BAC, RG33/128, v.4, p. 320

Il ne fait aucun doute qu’en France, Cobb a été initié aux arts sombres de la lutte antiterroriste telle qu’elle est pratiquée par la DST (Direction de la surveillance territoire) et le SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage). Après quatre ans en France, il a passé du temps en Italie et en Allemagne, avant de revenir au quartier général de la GRC à Ottawa.

L’inspecteur Cobb et le directeur général John Starnes ont conclu un accord. Pour les opérations qui dépassaient les limites de la légalité, Cobb ne les signalait pas à Starnes.

Ce que faisaient deux officiers de la Division C (Québec) à la Division A, à Ottawa, n’a jamais été expliqué.

Les liens entre l’attentat du QGDN et certains événements connexes n’ont pas non plus été expliqués.

Vol de la Caisse Populaire de l’Université de Montréal

Le 18 mai 1970, des voleurs armés entrent dans la Caisse Populaire, à l’Université de Montréal. Ils ont obtenu 58 000 $, une somme importante selon les mesures d’aujourd’hui. La police de Montréal a rapidement appris que les voleurs appartenaient au groupe Lanctôt-Rose ou Longueuil, dirigé par Jacques Lanctôt et Paul Rose. Le but du vol était d’obtenir les fonds nécessaires à des actions terroristes planifiées, notamment l’enlèvement de diplomates étrangers.

Chalet au 45 Mtée St. Thérèse, Prévost

Au début du mois de juin 1970, André Roy, 20 ans, “l’ami le plus proche de Jacques Lanctôt”, loue, grâce aux fonds provenant du vol de la Caisse populaire, un chalet au 45 Prévost, un village situé à 50 km au nord de Montréal, dans les Laurentides. Un chalet pour lui-même et plusieurs confrères du groupe Lanctôt-Rose (Rive-Sud). Des fins bien différentes de celles d’une résidence habituelle pour skier sur les pistes avoisinantes.

Appartement sur le boulevard Henri-Bourassa

François Lanctôt, frère de Jacques, et Claude Morency, membre du groupe Lanctôt-Rose, qui avait été arrêté avec Jacques Lanctôt et André Roy pour participation au complot d’enlèvement du diplomate américain Burgess, louent un appartement sur le boulevard Henri-Bourassa, au nord-est de Montréal. Ils installent une machine Gestetner et du papier avec l’icône FLQ. Ils impriment un manifeste rédigé par André Roy et Jacques Lanctôt. Un communiqué annonce également l’enlèvement du consul américain William A. Burgess. Le manifeste présente des revendications comme celles qui seront présentées par le FLQ en octobre [i].

Paul Rose loue une maison au 5630 Armstrong Street

En mars, Paul Rose, sous le nom de Paul Blais, accompagné de Lise Balcer, sous le nom de Lise Blais, avait loué une maison au 5630 Armstrong Street à Saint-Hubert.  Lui, son frère Jacques Rose et Bernard Lortie peignent la maison et achètent des meubles[i]. Pendant ce temps, Jacques et Louise Cossette-Trudel rejoignent les rangs du FLQ[i].

Au printemps 1970, Jean-Paul Arene, Claude Morency, Bernard Lortie, Claude Simard, Turgeon, Lise Balcer et un ami de Morency, un proche de Mario Bachand, qui l’assiste en tant que “garde du corps”, un cofondateur du Comité Indépendance Social (CIS) de Bachand, un plombier, Pierre Carrier, se rendent à la maison de la rue Armstrong. 

Les attentats de Montréal

En mai et juin 1970, il y eut des bombardements à Montréal, dont plusieurs, en termes de construction, d’heure ou de lieu, étaient similaires à la bombe du QGDN.

Tôt le matin du 31 mai 1970, sept bombes ont été placées dans le quartier résidentiel anglo-canadien de Westmount, un quartier riche de Montréal, dont cinq ont explosé. L’une d’entre elles a explosé à 4 heures du matin, chez Peter Bronfman, au 5 Landsdowne Ridge.

À 2 heures du matin, une bombe a explosé derrière l’Agence de recouvrement financier, 4150 rue Sherbrooke ouest.

À 4 h 25, une bombe explose au 38, chemin Belvédère.

4 h 38, une bombe explose au 61, chemin Belvédère.

05:00 une bombe explose au 165 Edgehill Road.

Pierre-Louis Bourett

Une bombe non explosée, la plus grande démantelée par la police depuis des années, a été trouvée sous une voiture d’Austin Cambridge garée devant le 788 Upper Landsdowne. Elle était dans un double sac en plastique, avec réveil marque Hero, de fabrication chinoise. Il y avait une deuxième bombe, avec 12 bâtons de dynamite, et une horloge Five Rams, également de fabrication chinoise. Encore une fois avec un morceau de caoutchouc dur provenant des freins de vélo. Une empreinte digitale a été trouvée sur l’horloge de Hero. Un an plus tard, la police de Montréal a demandé à la GRC de comparer cette empreinte avec celles des plus de quatre cents personnes détenues en vertu de la Loi sur les mesures de guerre. Le 24 juin 1971, date anniversaire de l’attentat du QGDN, il a été identifié comme ayant été laissé par Pierre-Louis Bourett, un associé de 20 ans du groupe Lanctôt-Rose (Rive-Sud). Québec. Rapport de la Commission d’enquête sur des opérations policières en térritoire québecois, p. 158

Une bombe a été trouvée au 10 Roxborough Drive. Deux sacs en plastique blanc, 31 bâtons de dynamite, un réveil Hero, un morceau de caoutchouc dur, provenant encore de freins de vélo. 

Deux semaines plus tard, à 02h10 le 16 juin 1970, deux grosses bombes, avec 20 bâtons de dynamite, ont été découvertes chez IBM Canada à St. Les bombes étaient dans deux sacs bleu foncé, enveloppés dans un cordon blanc. Chaque bombe contenait 40 livres de dynamite, composée de gros bâtons de 5 livres chacun, avec des réveils blancs auxquels des clous avaient été ajoutés comme contacts. Une batterie de Radar Light, 6 volts, avec des fils de connexion soudés. Il a été rapporté que les clous de chaque bombe se sont pris dans la toile, empêchant une explosion. C’est possible, bien que, comme nous le verrons dans un autre article, plusieurs bombes, en particulier pendant la période 1968-1969, aient été soigneusement construites pour ne pas exploser.

Cette nuit-là, le 16 juin, une bombe contenant dix bâtons de dynamite a été placée au laboratoire de recherche de Domtar Ltd. à Senneville, à l’extrémité ouest de l’île de Montréal. Elle a été démantelée par la police. La bombe, qui devait exploser à 01h15, utilisait un réveil Silver Bell, le modèle qui avait été couramment utilisé par le réseau Pierre-Paul Geoffroy, dont les quelque 58 bombes avaient terrorisé Montréal en 1968-1969. Il avait été emballé dans deux sacs en plastique blanc

Des empreintes digitales ont été trouvées sur un morceau de ruban adhésif en vinyle qui avait été enroulé autour de bâtons de dynamite. Elles ont ensuite été identifiées comme appartenant à Pierre-Louis Bourett. (Robert Côté, Ma guerre contre le FLQ, p. 284)

Bombardement de l’université McGill

Cette même nuit, le 16 juin, à 2h10, une bombe a explosé près de deux bâtiments d’ingénierie de l’Université de McGill, brisant les fenêtres et endommageant la chaufferie. C’est le deuxième attentat à la bombe à McGill en sept mois et le 10e à Montréal pour l’année. Elle avait été placée à l’extérieur d’une fenêtre du rez-de-chaussée. Des morceaux d’une batterie de 6 volts de type Radar Light ont été trouvés dans les débris. Selon la police, elle ressemblait à celles qui avaient été démontées chez IBM plus tôt dans la soirée.

Nigel Hamer

Nigel Hamer, le mystérieux étudiant en ingénierie anglo-canadien de McGill, qui trois mois plus tard deviendrait l’un des kidnappeurs de Cross, connaissait bien l’immeuble visé. Rien ne prouve qu’il ait été impliqué dans l’attentat de McGill. Cependant, il serait plus tard impliqué dans la bombe placée sur la raffinerie de pétrole Petrofina dans l’est de Montréal, qui a explosé le 3 juillet. Il a rédigé le communiqué, à l’aide de la machine à écrire Royal de Jacque Lanctôt. Ce qui suggère que Lanctôt testait Hamer, relativement inconnu et anglophone, pour vérifier sa bonne foi. Peut-être, et c’est une pure spéculation, l’attentat de McGill était également un test.

La police a suggéré que deux cellules du FLQ étaient responsables.

Le raid de la police sur le chalet Prévost

Entre-temps, le 8 juin, le commissaire adjoint Dubé de la GRC, Maurice St-Pierre, chef de la Police provinciale du Québec, et Marcel St-Aubin, chef de la Police de Montréal, se rencontrent pour discuter des mesures antiterroristes.

Il est presque certain que le but premier de la rencontre était de discuter d’une opération à venir à Prévost en lien avec le vol de la Caisse Populaire.

Le sergent-détective Gilles Masse de l’escouade antiterroriste du Service de Montréal (SAT) et membre de l’escouade antiterroriste combinée (EAC) des trois services, qui comprend des agents de la GRC, de la Sûreté du Québec et du PUM, n’avait pas oublié le vol de la Caisse populaire. Bien au contraire, comme le révèle Louis Hamelin dans son livre Fabrications :

juin 1970. Le sergent-détective Gilles Masse, de la section antiterroriste de la Police de Montréal, mène l’enquête. Aidé d’un délateur, il remonte la piste jusqu’à un chalet des Laurentides. Occupation d’un ou plusieurs chalets voisins, surveillance, filatures. À partir du 18 juin, écoute électronique. Une trentaine d’agents participent à l’opération. Une trentaine d’agents participent à l’opération. Le filet tissué par la CATS se resserre.

Le 18 juin, la police de la SAT de Montréal a installé des dispositifs d’écoute au chalet Prévost. Trois jours plus tard, le 21 juin, la police a effectué une descente au chalet. Ils procèdent à plusieurs arrestations, dont celles de François Lanctôt, le frère de Jacques Lanctôt, André Roy, son épouse Francine Roy et Claude Morency. Ils ont trouvé 28 000 $ provenant du vol de la Caisse, des détonateurs, des réveils, des détonateurs comme ceux trouvés chez IBM St-Laurent et Domtar Senneville, des réveils modifiés avec des morceaux de caoutchouc, comme les bombes Westmount.
Il y a également eu un communiqué annonçant l’enlèvement du consul américain William A. Burgess.

Chez Morency, on trouve 350 livres de dynamite et 250 exemplaires d’un manifeste du FLQ très semblable à ceux que la cellule de libération de Lanctôt allait distribuer le 8 octobre 1970. Sur Roy se trouve un morceau de papier avec l’adresse de la ferme à Sainte-Anne-de-la-Rochelle.

À Montréal, à l’appartement du boulevard Henri-Bourassa, quelques jours plus tard, on arrête Pierre Carrier et Maude Martin, qui ont eu la chance de quitter le chalet Prévost peu avant la descente de police du 21 juin.

Comparison bomb components
Components of two bombs and some bomb components found at Prévost

Le manifeste présente des demandes essentiellement identiques à celles qui seraient présentées par le FLQ en octobre pour la libération de Cross. Les éléments de la bombe montrés sur la photo ci-dessus sont identiques à ceux de la bombe construite le 3 décembre 1970 et ont accompagné les ravisseurs de la Cellule de Libération et James Cross lors de leur passage des 10945 Recollets à Terre des Hommes.

James Cross Terre des Hommes bomb

Chez Morency, on trouve 350 livres de dynamite et 250 exemplaires d’un manifeste du FLQ très semblable à ceux que la cellule de libération de Lanctôt allait distribuer le 8 octobre 1970. Sur Roy se trouve un morceau de papier avec l’adresse de la ferme à Sainte-Anne-de-la-Rochelle.

Cependant, pour les responsables de l’attentat du QGDN et de la mort de Jeanne d’Arc Saint Germain, il y avait et il y a toujours un “dard dans l’histoire”.

Enquête

Une empreinte digitale identifiée

La bombe du QGDN avait été contenue dans un sac de sport bleu foncé, utilisé un réveil Hero ou Five Rams comme minuteur, et des morceaux de caoutchouc dur provenant de freins de vélo pour séparer les contacts électriques. Une empreinte digitale de celui qui avait construit la bombe a été trouvée sur un morceau de ruban vinyle, retrouvé dans les débris. La Sous-direction de l’identification de la GRC a identifié à qui appartenait cette empreinte digitale. Dans une cruelle ironie du sort, l’officier ou le technicien de la GRC qui a procédé à l’identification était le fils de la victime, Jeanne d’Arc Saint Germain. 

…une personne responsable de l’attentat du QGDN a été identifiée. (DND DSECUR, 22 octobre 1970, RG146, boîte 2469, bombe du QGDN).

Qui avait construit la bombe du QGDN et qui l’avait placée dans le puits de fenêtre, et était responsable de la mort de Jeanne d’Arc Saint Germain ? Pendant un temps, j’ai pensé que c’était Pierre-Louis Bourett qui était responsable de la construction et de la mise en place de la bombe. Quand j’ai commencé à chercher la réponse, je n’avais aucune idée qu’elle serait un vecteur important pour comprendre la crise d’octobre, le meurtre de Mario Bachand, et plus encore.

Bien que le FLQ ait revendiqué l’explosion de la bombe au quartier général des Forces canadiennes à Ottawa le 24 juin, et que l’enquête ait révélé que les fragments de la bombe sont similaires à ceux trouvés sur la scène des attentats du FLQ à Montréal, aucune information positive n’a encore été développée pour confirmer la revendication du FLQ.

Document de la Défense nationale “Terrorisme du FLQ”, BAC, RG 146, vol. 2415, partie 2, p. 201.

Le mystère s’approfondit

J’ai commencé à soupçonner que l’attentat du QGDN était particulièrement important. C’est en partie parce que je n’ai pas pu trouver grand-chose à ce sujet dans les documents officiels que j’ai examinés. 

Les dossiers de la GRC

J’ai demandé les dossiers de la GRC concernant l’attentat à la bombe du QGDN que je m’attendais à voir conservés à la Bibliothèque et Archives Canada. Je m’attendais, à terme, à avoir accès à un nombre important de documents.

Plusieurs semaines plus tard, j’ai reçu une page, une copie d’un article de journal d’Ottawa. J’ai demandé au responsable de l’accès à l’information qui avait traité ma demande d’accès pourquoi il n’y avait, en fait, rien de divulgué. Elle m’a rappelé que la décision sur ce qui est et ce qui n’est pas divulgué des documents gouvernementaux est prise par le ministère ou l’agence gouvernementale responsable des documents, en l’occurrence la GRC ou le SCRS. J’ai demandé à l’agent de contacter la GRC ou le SCRS et de leur demander s’ils allaient revoir ma demande pour voir s’ils avaient été excessivement restrictifs et autoriser la divulgation de documents au-delà d’un article de journal. Il l’a fait, mais sans succès. Rien ne serait divulgué sur l’attentat du QGDN.

Dossiers de la police d’Ottawa

J’ai décidé de demander, en vertu de la législation de l’Ontario, les dossiers de la police d’Ottawa, ce que j’attendais avec impatience étant donné que l’attentat à la bombe se trouvait dans leur juridiction. Quelques semaines plus tard, j’ai reçu un appel de l’officier d’information de la police d’Ottawa me demandant si je voulais venir examiner ce qu’ils publiaient. Je le ferais. Lorsque je suis arrivé au quartier général de la police d’Ottawa et que j’ai rencontré l’agent d’information, elle m’a remis un dossier avec un seul enregistrement : une référence à l’affaire, sans aucune information à part un numéro d’affaire et une date. Elle s’est excusée et a dit qu’elle avait cherché partout dans le bâtiment, mais que c’était tout ce qu’elle avait pu trouver. Elle a été très surprise, et a dit qu’elle ne pouvait pas comprendre pourquoi ?

À Bibliothèque et Accès Canada, j’avais un “gardien” du SCRS qui suivait mes recherches sur l’assassinat de Mario Bachand et ce qu’il pouvait tirer de ses conversations avec moi. Je lui ai demandé pourquoi la police d’Ottawa ne devrait pas avoir de dossiers sur l’attentat à la bombe du QGDN, qui était évidemment important à plusieurs égards.

Il m’a répondu qu’il y a quelque temps, la police d’Ottawa avait perdu des dossiers de son unité de stockage des preuves à cause d’un scandale, l’officier responsable ayant un problème d’alcool.

La brigade des affaires classées de la police d’Ottawa

Quelques semaines plus tard, j’ai décidé de parler avec les enquêteurs de la police d’Ottawa chargés des affaires non résolues. Ils auraient sûrement quelque chose à me dire. 

J’ai pris rendez-vous avec l’équipe chargée des affaires non résolues de la police d’Ottawa et j’ai rencontré deux inspecteurs. J’ai fini par rencontrer plusieurs officiers, étant donné que les personnes affectées à l’équipe changent assez souvent. Nous avons discuté de l’attentat à la bombe du QGDN, dont ils ne savaient évidemment pas grand-chose puisqu’ils n’avaient aucun dossier. Ils ont posé des questions sur l’emplacement de la bombe et j’ai mentionné la fenêtre et le fait que la victime était assise à côté. Le poseur de bombe aurait-il pu savoir que la pièce était occupée ? ont-ils demandé. C’est ce que j’ai pensé, puisque les lumières étaient certainement allumées, étant donné qu’il était probablement très tôt le matin, peut-être vers 4h00, lorsqu’ils avaient placé la bombe dans le puits de la fenêtre.

 Ils ont dit que cela pourrait entraîner une accusation d’homicide au premier degré.

Lorsque j’ai mentionné la perte des dossiers, et que l’officier de la GRC/SRC m’a dit que la police d’Ottawa avait perdu les dossiers à cause d’une mauvaise gestion du stockage des preuves, ils ont ri, avec une note d’amertume, et ont dit

“La GRC est venue un jour et a emporté tous les dossiers ! Ils ont dit qu’ils seraient chargés de l’enquête”.

Le dard dans la queue

Il est apparu que le crime de l’attentat du QGDN, qui a entraîné la mort de Jeanne d’Arc Saint Germain, ne pouvait être résolu, que les coupables échapperaient à leur juste sort. Mais il reste un aspect qui devrait changer l’histoire, dont j’ai pris connaissance en interviewant un membre de la SAT de Montréal qui avait participé à la surveillance du Chalet Prévost, du 18 au 21 juin 1970. La SAT a observé un homme quitter le chalet avec deux bombes et les a remises à deux personnes dans une voiture d’attente. L’officier de la SAT m’a donné le nom de l’homme, et m’a dit que l’homme avait construit la bombe. Le nom n’était pas celui de Pierre-Louis Bourett, mais celui de quelqu’un d’autre qui – j’ai vérifié – se trouvait pendant un certain temps au chalet de Prévost. La voiture appartenait à un professeur de l’Université de Montréal, soupçonné d’avoir aidé le FLQ. L’officier de la SAT m’a dit que la voiture était partie avec les bombes et s’était rendue à Ottawa, où l’une des bombes avait été placée au quartier général du QGDN. “Pourquoi n’avez-vous pas suivi la voiture et empêché l’attentat ?”, lui ai-je demandé. “Nous n’étions pas préparés à cela”, a-t-il répondu. 

Une chose est sûre. La GRC, la police de Montréal, la SQ et la Défense nationale savent qui est responsable de l’attentat à la bombe du QGDN, pratiquement depuis le moment où il a eu lieu.

Un officier de la SAT a mentionné un aspect de l’assassinat de Mario Bachand que je trouve intéressant. Un officier de la GRC l’a informé que Normand Roy et Denyse Leduc partaient pour Paris, lui a donné le numéro de vol et lui a indiqué que les deux étaient “très dangereux”.  Après l’assassinat, un officier de la GRC lui a dit : “Mario Bachand a été tué lors d’une opération de renseignement”. 

“Although the FLQ has claimed responsibility for the bomb explosion at Canadian Forces Headquarters, Ottawa on 24 June, and investigation has revealed that the bomb fragments are similar to those found at the scene of FLQ bombings in Montreal, no positive information has yet been developed to confirm the FLQ claim.”[i]

The individual responsible for DND HQ bombing of 24 June 1970 was “believed to be known” but no arrests have been made due to lack of evidence. [i]

[i] FLQ Terrorism, Annex C to V 2100-20-2/4 (DSECUR), 22 October 70, MG26 O11, vol. 40, file 40-17, FLQ Documentation A-6, FLQ, Terrorism, revue  des activites. P. 3.

Le 23 juillet 1970, le Service de sécurité a présenté une appréciation soigneusement réfléchie des menaces “subversives” au Canada. Cette appréciation résumait ce qu’il appelle “une situation extrêmement confuse, complexe et en constante évolution”. Elle indiquait que même si la menace posée par des organisations individuelles (ou des groupes d’organisations) pouvait être contenue, l’ensemble des activités menées au Canada était “très inquiétant” et “représente clairement une menace sérieuse pour l’unité du pays et pour la préservation de la loi et de l’ordre”.

Conclusion …

(d) Par la suite, le FLQ reviendra avec des menaces d’attentats à la bombe, peut-être avec des attentats à la bombe contre des bâtiments publics (en particulier des symboles fédéraux), moins probablement avec des enlèvements mais plus probablement avec des tentatives directes d’assassinat d’éminents fédéralistes canadiens-français, car il s’agit d’une tactique plus facile et plus novatrice dans le Canada contemporain et susceptible de produire un profond désespoir au sein des gouvernements, si cela devait se produire ;

RG 146, vol. 2415, part 2, p. 201.


 

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