Sky with Diamonds

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Richard Bros avec son chien à Londres, 1970

Bogo

Le 22 décembre 1970, une lettre et un colis, envoyés par un diplomate canadien à Alger, la capitale de l’Algérie, sont arrivés au siège des Affaires extérieures à Ottawa. Le paquet contenait deux passeports canadiens. La lettre parlait d’une erreur fatale qui, comme cela arrive souvent avec des événements apparemment mineurs, lorsqu’elle est considérée avec d’autres informations, a les implications les plus graves, dans ce cas, terrifiantes.

La lettre et les passeports

Deux passeports postés de Paris au DEFLQ Alger (FLQ, Batiment Florian, Port D, Chemin des Oliviers, el Biar)

C.P. 663, Alger–Gare, Algérie, “correspondant à celui donné au paragraphe 3 de l’arrêt Alger 569 auquel une enveloppe contenant les deux passeports avait été adressée (puis envoyée par erreur au propriétaire du c.p. 663).

Le premier passeport n’avait pas de visa et comportait trois timbres d’immigration indiquant que le titulaire se trouvait à Douvres, en Angleterre, le 31.10.70, 70-4.11.70, et à Bâle, en Suisse, le 9.11.70.

Le second passeport avait expiré le visa algérien délivré par le consulat d’Algérie à Oujda, le 16.11.70 ; les timbres d’immigration indiquent des visites à Cuba, en France, au Royaume-Uni, au Luxembourg, en Algérie et aux États-Unis entre juillet 1969 et février 1971. La plus récente semble être celle de l’immigration américaine, 4.3.71.

Un passeport a été délivré à Ottawa, 10.1.69 ; l’autre a été délivré à Ottawa, 10.9.70.

Bibliothèque et Archives Canada, RG 33/128, 6000-10-B1, Documents reçus du gouvernement, BCP, documents relatifs à la loi et à l’ordre public.

La GRC s’inquiète pour les passeports

Pour le service de sécurité de la GRC, les inquiétudes suscitées par les passeports mal adressés étaient telles qu’à 14 heures le jour du télex et de la transmission des passeports par les Affaires extérieures, un briefing précipité a été organisé par la branche “B”, chargée de contrer les activités de renseignement soviétiques et, plus récemment, de gérer également le DEFLQ en Algérie.

Richard Bros

Richard Bros est né en France, à Sommières, un village du Midi, à 30 km à équidistance de Nîmes et de Montpellier. En 1952, son père part pour Montréal et l’année suivante, Richard et sa mère le rejoignent. À l’adolescence, il se lie d’amitié avec un camarade de classe. Le nom de son ami ? Jacques Lanctôt.

En 1964, les frères Lanctôt et un troisième adolescent, Guy de Grasse, ont formé une cellule du FLQ, inspirée de la première vague du FLQ dont les membres, dont Mario Bachand, étaient jugés pour leurs activités de 1963. Ils l’ont appelée Résistance du Québec.

Devenir FLQ

Le 13 mai 1964, ils ont bombardé une statue de la reine Victoria à Québec. Peu après, ils ont bombardé le quartier général du Régiment du Mont Royal et le QG du Régiment Maisonneuve à Montréal, la Légion canadienne à Laval et un abri du CN à I’Ile Bigrass. Le 23 août, ils ont posé une bombe sous un pont de chemin de fer du Canadien Pacifique, sur lequel ils ont peint “FLQ” en rouge.

Comme preuve de leurs intentions futures, les 25 et 26 août, ils ont volé 700 bâtons de dynamite sur un site de construction.

Dans l’une des curieuses coïncidences qui marquent l’histoire du FLQ, Richard Bros et François Dorlot, qui joueront un rôle mystérieux dans la mort de Mario Bachand, font connaissance au cours de l’été 1964. Ils travaillaient tous les deux sur le même terrain de golf près de Montréal, Dorlot comme serveur au restaurant du club, Bros comme caddy sur le green.

Les trois membres de la Résistance du Québec ont heureusement été rapidement arrêtés par la police. Bros a été condamné à trois ans de prison. Lanctôt a évité l’emprisonnement grâce à sa jeunesse. Richard Bros et Jacques Lanctôt se sont liés d’amitié jusqu’à la mort de Bros en 1970.

Londres le ciel de diamants

Après sa sortie de prison, en 1965, Richard Bros est parti pour Londres. Il cherchait en partie à échapper à la colère de son père, en colère contre le comportement de Richard. Il était en partie attiré par Londres, le centre de la transformation culturelle du monde, le mouvement de jeunesse dans la Grande-Bretagne la plus branchée, un ciel avec des diamants.

Mais il a fini par mourir, pendu dans une cellule de la prison d’un commissariat de police de l’arrondissement londonien d’Islington. Ils ont appelé cela un suicide.

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Islington Police Station rear and jail

C’est la mort de Richard Bros et l’amitié avec Jacques Lanctôt qui ont fait naître une question. Est-ce un hasard si Bros est mort, soi-disant par suicide, dans un poste de police de Londres, quelques jours avant qu’à Montréal, la police n’intervienne sur la Cellule de Libération dirigée par Jacques Lanctôt, et ne sauve James Cross ?

Et quelles étaient les implications des dates, deux en particulier, sur les deux passeports envoyés de Paris à Alger ?

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