Media Accounts of the Assassination of Mario Bachand

Journal de Montréal

J’ai commencé mon enquête sur le meurtre de Mario Bachand en lisant des articles dans les journaux français et canadiens.

l’intox, une définition ostensive

Le numéro du 30 mars du Journal de Montréal contenait deux articles de Pierre Bouchard, leur spécialiste du FLQ, basés sur la dépêche de l’AFP arrivée à minuit, heure limite du Journal de Montréal. “Terroriste de la première heure, agitateur professionnel, François Mario Bachand est mort hier, terrassé par des coups au crâne, dans un petit appartement de la banlieue parisienne”. Bouchard a laissé entendre que le meurtre était un règlement de comptes et qu’il découlait de la personnalité de Bachand. “Le combat que Bachand, terroriste, agitateur, subversif, avait mené durant sa courte vie avait surtout été celui d’un individu. Depuis son recrutement par le FLQ, Mario s’était fait des ennemis jurés parmi ses collègues révolutionnaires. On lui reprochait de vouloir agir indépendamment des autres ; on le caractérisait comme arrogant, intransigeant… un dictateur… qui ne croyait en personne et en qui personne ne croyait”. Bouchard a révélé que Bachand, lors de son dernier voyage à Cuba, s’était disputé avec des membres du FLQ là-bas et avait laissé entendre qu’ils étaient d’une manière ou d’une autre impliqués dans le meurtre. Bouchard n’a pas donné de noms, mais tout le monde savait qu’il faisait référence à Pierre Charette et Alain Allard.

Charette et Allard ont été responsables de plusieurs attentats à la bombe en 1968-début 1969 dans une cellule du “Réseau Geoffroy”, dirigé par Pierre-Paul Geoffroy.  Il y avait une deuxième cellule, dirigée par Normand Roy, Michel Lambert et d’autres.

Le 4 avril 1971, le Journal de Montréal publie un article de son directeur de l’information, Denis Lamoureux.

Lamoureux s’était rendu à Paris la nuit du meurtre. Il était particulièrement qualifié pour écrire sur l’affaire, car en 1963, il avait été au FLQ avec Bachand. Le soir du 16 mai 1963, Lamoureux, Bachand et deux autres jeunes avaient traversé en voiture les rues de Westmount, une riche enclave anglophone de Montréal, en plaçant des bombes dans des boîtes aux lettres. Le lendemain matin, un expert en explosifs de l’armée canadienne a été grièvement blessé par une bombe qui lui a explosé au visage. La police de Montréal et la GRC (Gendarmerie royale du Canada) ont identifié les quelque 23 membres du FLQ, après trois mois d’opérations antiterroristes. Lamoureux et Bachand ont été condamnés à quatre ans de prison pour cet attentat et d’autres.

Après sa libération de prison, Lamoureux a rejoint Le Journal de Montréal, dont il est devenu le directeur de l’information en 1970. Son enquête sur le meurtre de Bachand a donné lieu à l’article suivant :

“Je ne partage plus les objectifs et les méthodes du FLQ.” Deux jours après avoir fait cette déclaration, Mario Bachand, ex-felquiste et militant québécois, est assassiné dans un petit appartement de la banlieue parisienne ! Au cours d’une interview accordée à notre collègue Colette Duhaime, en congé d’études dans la capitale française, Bachand a affirmé qu’il n’était plus membre du Front de libération du Québec, mais qu’il resterait toujours un “indépendantiste convaincu”. Faut-il chercher la clé de l’énigme de St-Ouen dans l’état d’esprit dont a fait preuve le terroriste d’autrefois à l’égard du FLQ ? C’est ce que semble croire l’inspecteur Mornot de la Brigade criminelle, qui n’est pas loin de conclure qu’il s’agissait d’une exécution politique…
Les déclarations de Bachand semblent en effet indiquer une rupture complète, voire fatale, avec le Front. Anti-établissement, Bachand a croisé le fer à plusieurs reprises avec des militants révolutionnaires québécois. Doté d’une forte personnalité, le jeune homme fait preuve à l’égard de ses collègues d’une intransigeance tout aussi grande que celle manifestée à l’égard du régime… Le drame de la rue Eugène-Lumeau est-il l’aboutissement d’une vieille querelle ? C’est possible. Comme il est également possible que l’ardent militant se soit fait de nouveaux ennemis parmi les révolutionnaires en exil.

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