Mario Bachand the Activist

Si l’on veut comprendre la stratégie, les politiques et les actions du gouvernement canadien face au terrorisme du FLQ, à la menace séparatiste en général et au désordre et conflit social et politique au sein de la société québécoise de l’époque, il faut examiner attentivement ce qui l’a amené, les forces et les événements qui l’ont motivé et façonné.  Mais comment s’y prendre ?

Notre approche consiste à nous concentrer sur certains événements qui mettent en lumière des courants et des enjeux plus larges. Par une analyse liée concrètement par l’événement, le temps et le contexte à ces courants.

Le premier de ces événements est l’assassinat de Mario Bachand. Un mystère qui, pendant un quart de siècle, a semblé impossible à résoudre. Caché par un nuage amorphe de désinformation qui, curieusement, ne cesse de réapparaître, surtout lorsque l’on tente de résoudre le mystère. Un recyclage des faussetés apparues dans les jours qui suivirent ce 29 mars 1971, dans un modeste appartement de la banlieue parisienne de St-Ouen, deux visiteurs, un jeune homme et une jeune femme de Montréal, pendant le déjeuner avec Mario Bachand, sortirent un pistolet de calibre 22 et lui tirèrent trois balles dans la tête. La troisième balle dans le centre supérieur de son crâne, pour s’assurer de sa mort.

Un jeune homme et une jeune femme sont arrivés au déjeuner munis d’un pistolet, peut-être silencieux, qui n’avaient jamais rencontré leur victime auparavant, puis ont pris la peine de lui tirer trois balles de calibre .22 dans la tête. 

Note de l’IA sur l’enquête et la sénendipité

C’est par hasard que cet auteur a découvert le mystère de l’assassinat de Mario Bachand. J’avais auparavant présenté à l’émission Fifth Estate de la CBC une histoire sur un espion soviétique présumé au sein du service de sécurité de la GRC, Leslie James Bennett. Cette histoire, elle aussi, était le fruit du hasard. Alors que je rendais visite à mes parents à Ottawa, depuis ma maison de Vancouver, en Colombie-Britannique, je suis tombé sur un livre de Tom Mangold dans ma bibliothèque. Dans l’index figurait le mot de code “Tango”, faisant référence à un espion soviétique au sein de la GRC, qui en connaît l’identité. Cela signifiait, me suis-je dit, qu’ils savaient que Leslie James Bennett n’était pas un espion. 

L’enquête de CBC Fifth Estate a permis de découvrir le véritable espion au sein de la GRC, le sergent Gilles G. Brunet. L’histoire a contraint le gouvernement canadien et la GRC à innocenter complètement Leslie James Bennett et à payer une compensation pour avoir détruit sa vie.

La sérendipité ne s’est pas arrêtée là. Suite à l’histoire de Leslie James Bennett, le CBC Fifth Estate m’a demandé de consulter des documents dans les Archives nationales du Canada sur le contre-terrorisme de la GRC et le FLQ. Plusieurs semaines après avoir commencé mes recherches, un archiviste a mentionné qu’il y avait un grand nombre de documents de la Commission MacDonald sur les actions de la GRC pendant cette lutte. Il y avait, en fait, 125 boîtes de documents qui avaient été traitées en vertu de la Loi sur l’accès à l’information par le Bureau du Conseil privé (BCP), qui employait une équipe de fonctionnaires des ministères et services connexes, dont les Affaires extérieures, la GRC, le SCRS, la Défense nationale et le Bureau du Solliciteur général. Une transcription du témoignage du Directeur général du renseignement et de la sécurité (DGRS) du Service de sécurité de la GRC comportait un passage intriguant qui relatait deux réunions, les 24 et 26 mars 1971, de Starnes, du solliciteur général Jean-Pierre Goyer et du solliciteur général adjoint Ernest Côté. Le commissaire Higgitt de la GRC a également assisté à la dernière réunion. Les réunions concernaient une “menace grave et imminente à l’étranger”. Une lecture attentive, appuyée plus tard par des entrevues, a révélé que la prétendue menace concernait le FLQ, à Paris. Goyer a déclaré qu’il avait discuté de la question avec le Premier ministre. Goyer a ordonné à Starnes de mener une opération pour faire face à la prétendue menace. Starnes a refusé, disant que c’était dangereux et inutile. Goyer a dit qu’il consulterait le Premier ministre. Lors de la réunion suivante, le 26 mars, Goyer a informé Starnes qu’il avait parlé de l’affaire avec le Premier ministre, et que celui-ci avait ordonné que, “à moins qu’il n’y ait de solides arguments contraires, l’opération devait avoir lieu.” (Témoignage de John Starnes, CNA, RG 33/128, acc. 91-92/099, vol. 2, dossier C-36, pp. 4681-4700).

En somme, le premier ministre donne un ordre au solliciteur général pour que la GRC mène une opération, le DGIS Starnes de la GRC refuse de mener l’opération jusqu’à l’intervention directe du premier ministre.

De quoi s’agissait-il ? me suis-je demandé. Ce qui m’a amené à interviewer l’ex-Solliciteur général adjoint, Ernest Côté. Après une discussion à bâtons rompus sur le FLQ et l’antiterrorisme connexe, j’ai posé une petite question. “Les réunions des 24 et 26 mars, du Solliciteur général Jean-Pierre Goyer et du DGIS Starnes, et pour la deuxième réunion celle incluant le commissaire de la GRC Len Higgitt, portaient-elles sur l’assassinat de Mario Bachand ?”.

“Oui”, a-t-il répondu.

Le premier ministre était-il préoccupé par une menace particulière de Mario Bachand ou par la possibilité qu’il revienne au Québec et renouvelle le FLQ ?

“Les deux”, a-t-il répondu.

Ma conviction est qu’il n’y avait pas de menace directe de Mario Bachand à Paris, que l’idée était une construction pour couvrir la vraie raison, que le premier ministre Pierre Trudeau et la GRC craignaient qu’il revienne au Québec et recommence le FLQ. Il existe, à ma connaissance, des preuves du contraire.

J’ai interviewé Ernest Côté à plusieurs reprises par la suite. À chaque fois, il a refusé de parler davantage des réunions des 24 et 26 mars 1971. “Vous voulez une déclaration claire de ma part”, a-t-il dit. Mais John Starnes et moi sommes amis depuis 1944, et je ne vous la donnerai pas. Et vous avez tellement de preuves que vous n’en avez pas besoin.”

Il n’avait aucune idée de la capacité de la medie canadienne à recycler à plusieurs reprises l’histoire de couverture de l’assassinat de Mario Bachand, et à obscurcir la vérité.

L’émeute du 7-Up du 27 février 1968

Dans la ville de Mont-Royal, tôt dans la soirée du mardi 27 février 1968, un camion muni de haut-parleurs, de deux drapeaux fleurdelisés et de la bannière rouge de l’Internationale communiste roule lentement sur le boulevard Graham. Derrière lui marchent deux mille cinq cents hommes et femmes, dont de nombreux étudiants. La plupart des marcheurs sont issus des plus grands syndicats du Québec, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ). D’autres venaient du RIN et d’autres groupes politiques, dont le CIS de Mario Bachand. Trente minutes plus tard, ils ont atteint l’usine d’embouteillage de 7UP, un bâtiment de trois étages aux murs de verre. L’usine était en grève depuis juin 1967, et la société avait fait appel à des travailleurs non syndiqués pour remplacer ceux qui avaient débrayé. Quelqu’un a ramassé une pierre et l’a lancée à travers une fenêtre. En moins de dix minutes, les manifestants ont brisé toutes les fenêtres de la façade du bâtiment. Des cocktails Molotov et des objets en feu de toutes sortes suivent. Quatre hommes ont balancé un lourd tuyau de descente en fer contre les grandes portes en bois. Le bois s’est fendu, quelqu’un a produit de l’essence et en quelques secondes, des flammes ont léché ce qui restait des portes.

À l’intérieur de l’usine, les pompiers transportent des extincteurs d’un brasier à l’autre. À l’extérieur, une douzaine de jeunes ont entouré deux photographes de presse. Ils ont lancé des coups de poing et des coups de pancartes, brisant les appareils photo et blessant gravement l’œil d’un photographe.

Lorsque la police est arrivée, les émeutiers ont afflué vers l’hôtel de ville, situé à quinze pâtés de maisons, où ils ont trouvé deux cents policiers qui les attendaient. Un jeune homme, criant dans un haut-parleur, invite le maire à recevoir une pétition de soutien aux travailleurs manuels de la ville, en grève depuis des semaines. Le maire ne s’est pas présenté. Les manifestants ont arraché le drapeau canadien et l’ont déchiré en morceaux. Un panneau routier est jeté à travers une baie vitrée et une pancarte enflammée est lancée sur la ligne de police avant que les manifestants ne retournent vers l’usine 7UP. Devant l’Industrial Acceptance Corporation, une agence de recouvrement, ils ont fait une pause pour un discours sur les “exploiteurs capitalistes”. Un jeune a ramassé une boîte aux lettres, a titubé jusqu’à l’avant du bâtiment et l’a envoyée s’écraser contre une fenêtre. D’autres ont pris des pots de fleurs sur des lampadaires et les ont lancés à travers les fenêtres.

De retour à l’usine, les manifestants ont rencontré une ligne de policiers casqués, armés de matraques. Une bataille rangée a éclaté, avec des cris sauvages et le bruit sourd des matraques frappant des crânes. Finalement, la police l’a emporté, dispersant les manifestants vers Montréal.

Il était huit heures. Dans une boîte aux lettres voisine, la police a trouvé une bombe. Il y avait aussi une note : “Le FLQ n’est pas mort.” Un homme de l’équipe de déminage s’est approché prudemment de la boîte aux lettres, tenant une paire de pinces coupantes. De l’autre côté de la rue, un photographe avait déclenché un appareil photo avec flash. “Si j’avais un pistolet, je te tirerais dessus tout de suite !” hurle le policier.

L’émeute de l’usine 7-UP a été l’un des épisodes les plus violents de l’histoire syndicale québécoise. Des dizaines de personnes sont blessées, dont deux grièvement, et six sont arrêtées, dont deux jeunes hommes dont le destin sera étroitement lié à celui de Mario Bachand. Pierre-Paul Geoffroy, vingt-trois ans, étudiant en sciences politiques au Collège Ste-Marie et membre du RIN, a été accusé d’avoir agressé un policier, mais l’accusation a été abandonnée par la suite. Michel Lambert, vingt ans, également étudiant au Collège Ste-Marie, a été accusé d’avoir jeté la boîte aux lettres par la fenêtre.

Le Service de sécurité a trouvé l’émeute du 7UP particulièrement inquiétante, car elle impliquait un mélange explosif de nationalisme québécois, d’agitation syndicale, de violence de rue et de terrorisme. De plus, le jeune homme qui avait invité le maire et encouragé les manifestants à lancer des pierres à travers les fenêtres des maisons ayant une “apparence bourgeoise” était Mario Bachand.

La manifestation du 16 octobre 1968

Mario Bachand the Activist
Mario Bachand leads demonstration 16 October 1968

Dans l’après-midi du 16 octobre 1968, dix mille étudiants de l’Université McGill, du CEGEP Vieux-Montréal et de l’École des beaux-arts ont manifesté leur soutien aux étudiants en grève du CEGEP (Collège d’enseignement général et professionnel). Ils ont marché sous un ciel gris au cœur de Montréal, de McGill le long de la rue Sainte-Catherine jusqu’au boulevard Saint-Laurent, puis ont remonté le fleuve Saint-Laurent jusqu’à l’aréna de l’Université de Montréal. Ils sont dirigés par le CIS (Comité-indépendance socialisme), créé par Mario Bachand, que l’on peut voir directement derrière l’enseigne du CIS. Deux mètres derrière Bachand se trouve Paul Rose, portant un grand chapeau noir avec un ruban blanc et tenant une cigarette dans sa main droite. Deux ans plus tard, Paul Rose dirigera la cellule Chenier du FLQ, responsable de l’enlèvement et du meurtre du ministre du Travail et vice-premier ministre du Québec, Pierre Laporte.

Parmi les manifestants se trouvaient un grand nombre de personnes qui jouaient un rôle dans le spectre des activistes au Québec à l’époque. Des leaders étudiants. Étudiants du cégep. Des travailleurs en grève. On peut voir les travailleurs de la Lord Company, une entreprise sidérurgique en grève depuis plusieurs mois.

Elle s’est produite à un moment de violence et de désordre sans précédent dans le monde.

Il ne fait aucun doute que ce sont des scènes comme celle-ci qui ont suscité l’inquiétude de la GRC, et des autorités canadiennes et québécoises en général, à l’égard de Mario Bachand. Il a pu former des mouvements radicaux, comme la CEI, et les faire descendre dans la rue. À l’extrême, comme le montre la présence de Paul Rose, ces événements se sont confondus avec la violence terroriste. Dans l’après-midi du 16 octobre 1968, dix mille étudiants de l’Université McGill, du CEGEP Vieux-Montréal et de l’École des beaux-arts ont manifesté leur soutien aux étudiants grévistes du CEGEP (Collège d’enseignement général et professionnel). Ils ont marché sous un ciel gris au cœur de Montréal, de McGill le long de la rue Sainte-Catherine jusqu’au boulevard Saint-Laurent, puis ont remonté le fleuve Saint-Laurent jusqu’à l’aréna de l’Université de Montréal. Ils sont dirigés par le CIS (Comité-indépendance socialisme), créé par Mario Bachand, que l’on peut voir directement derrière l’enseigne du CIS. Deux mètres derrière Bachand se trouve Paul Rose, portant un grand chapeau noir avec un ruban blanc, et tenant une cigarette dans sa main droite. Deux ans plus tard, Paul Rose dirigera la cellule Chenier du FLQ, responsable de l’enlèvement et du meurtre du ministre du Travail et vice-premier ministre du Québec, Pierre Laporte.

Parmi les manifestants se trouvaient un grand nombre de personnes qui jouaient un rôle dans le spectre des activistes au Québec à l’époque. Des leaders étudiants. Étudiants du cégep. Des travailleurs en grève. On peut voir les travailleurs de la Lord Company, une entreprise sidérurgique en grève depuis plusieurs mois.

Elle s’est produite à un moment de violence et de désordre sans précédent dans le monde.

Il ne fait aucun doute que ce sont des scènes comme celle-ci qui ont suscité l’inquiétude de la GRC, et des autorités canadiennes et québécoises en général, à l’égard de Mario Bachand. Il a pu former des mouvements radicaux, comme la CEI, et les faire descendre dans la rue. À l’extrême, comme le montre la présence de Paul Rose, ces événements ont fusionné avec la violence terroriste.


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