DEFLQ – the foreign delegation

Genèse

Ottawa, le 24 avril 1970. Dans l’aile ” B ” du quartier général de la GRC, un agent du service de sécurité ouvre un dossier récemment créé, portant le numéro 98-A-00219.[i] Récemment créé pour la branche ” B “, responsable des opérations de contre-espionnage contre les opérations du bloc soviétique au Canada. En particulier le KGB et le GRU de Russie, le StB tchèque, ainsi que ceux de Pologne, d’Allemagne de l’Est. Le dossier 98-A-00219, cependant, n’aura rien à voir avec les cibles du bloc soviétique. L’agent appartient au groupe “L”, chargé de gérer les fichiers sources, contenant les documents les plus secrets du Service.

Pour chaque fichier, une liste d’accès. Ceux qui ne figurent pas sur la liste doivent d’abord obtenir l’approbation de son supérieur.

Spécial “L”

Le dossier ne peut être sorti des locaux du Groupe L, aucune note ou copie n’est autorisée, ni aucun appareil électronique dans la pièce. Les groupes laissaient des dossiers particulièrement sensibles, au registre du Groupe “L”. Parmi eux, 98-A-00219, dont le volume 1 ce jour-là, ouvert pour la première fois le 24 mars 1970.

Spécial “B”

Pourquoi les opérations du DEFLQ étaient-elles gérées par le Groupe “B”, responsable des opérations de contre-espionnage contre les cibles soviétiques et du Bloc soviétique, et non par le FLQ ? Pourquoi les dossiers du DEFLQ sont-ils conservés dans le registre du Groupe “L” ? Parce qu’ils faisaient partie des dossiers les plus sensibles de la GRC et que le registre du Groupe ” L ” était le plus sûr. Et pourquoi les opérations DEFLQ étaient-elles gérées par “B” ? Parce que les opérations de DEFLQ avaient lieu à l’extérieur du Canada, et que “B” avait le plus d’expérience des opérations à l’étranger.

La raison la plus urgente était que le groupe “B”, étant le groupe opérationnel d’élite du Service de sécurité, disposait des meilleures ressources et de l’expérience des opérations en Europe et au Moyen-Orient, et avait l’expérience de la gestion des adversaires les plus difficiles, le KGB et le GRU. “B” avait également les meilleurs contacts et relations de travail avec les services alliés importants : CIA, SIS, MI5, Mossad. Comme nous le verrons, les relations et la coopération avec le Mossad revêtaient une importance particulière, car le Canada et Israël avaient des préoccupations similaires, et connexes, face à la même menace terroriste.

La raison la plus importante du rôle du Groupe B et de la conservation des dossiers au sein du Groupe L est peut-être le fait que les opérations du DEFLQ sont très sensibles. Si sensibles que, même aujourd’hui, leur véritable fonction et leurs opérations restent inconnues.

Une stratégie audacieuse

Le DEFLQ était le centre opérationnel d’une stratégie des plus audacieuses dans l’histoire du Service de sécurité de la GRC. Une stratégie qui a commencé, non pas avec le dossier 98-A-00219 du 25 septembre 1968, mais avec les décisions gouvernementales de l’automne 1969, discutées dans Le crime dans l’intérêt national et dans Stratégie de tension – Place du Canada. Une stratégie de la tension qui a amené une soixantaine de bombes ou d’attentats à Montréal par le réseau Pierre-Paul Geoffroy, et un attentat à Ottawa qui a tué une femme.

Discussions entre amis

Le DEFLQ est également né de discussions avec les services alliés, notamment la CIA, le SIS, le MI5 et le Mossad. Réunions avec l’agent de liaison de la CIA à Ottawa, Bob Janzen.  Howie Jones de MI5, l’officier de liaison du SIS, John Taylor.

Un exemple. La rencontre, le 24 février 1970, du premier ministre Pierre Trudeau, de Howie Jones, de John Taylor, et de Leslie James Bennett, chef du “B”.

Et la discussion avec le Mossad, avec lequel le Canada partageait un problème au Moyen-Orient, évoquée dans l’avant-dernier paragraphe de la lettre suivante, de John Starnes, DGIS, au secrétaire adjoint du Cabinet pour la sécurité et le renseignement, Don Wall, le 22 avril 1970 :

“Lettre de STARNES à Don WALL (dossier D 927-2-1-D-29) [i]

Je voudrais me référer à la lettre que vous m’avez adressée le 16 avril concernant un complot apparent visant à enlever le consul et délégué commercial d’Israël à Montréal. La démarche effectuée à ce sujet par l’ambassadeur d’Israël auprès d’un membre du cabinet du Premier ministre semble un peu inhabituelle, d’autant plus que les autorités israéliennes ont été tenues pleinement informées à ce sujet par les autorités canadiennes compétentes.

Nous avons informé le ministère des Affaires extérieures du complot apparent visant à enlever Moshe Golan immédiatement après les événements du 26 février dernier. À ce moment-là, les enquêtes sur cette affaire en étaient à leur stade préliminaire et les forces de police responsables avaient un travail considérable à accomplir avant de pouvoir porter des accusations. Par la suite, l’agent de contrôle des visas à Tel Aviv a reçu une note qui soulevait deux questions ne relevant manifestement pas de son mandat et ayant des connotations politiques diverses. Les autorités israéliennes ont posé des questions sur un M. Ali Achmed Abu Elia du Liban qui aurait été actif dans la Fédération arabe canadienne et dans le Front démocratique pour la libération de la Palestine. En même temps, elles ont demandé, de toute urgence, des détails concernant l’arrestation présumée, le 26 mars, par la GRC, de deux Canadiens français accusés de tentative d’enlèvement de Moshe Golan. Les arrestations, bien sûr, ont été effectuées par la police de la ville de Montréal puisque l’affaire relevait de sa compétence. Il y a eu une étroite collaboration dans cette affaire, entre les différentes forces de police concernées et les services de sécurité.

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